Libre circulation et installation pour tous : un droit et un moyen de paix

Aujourd’hui, la loi n’est pas la même pour tous. Si vous êtes né en Europe et suffisamment aisé, les frontières de quasiment tous les pays vous sont ouvertes. Si vous venez d’un pays du Sud vers l’Europe, vous risquerez d’abord la mort en Méditerranée, puis vous serez trié pour savoir si vous êtes un bon ou un mauvais migrant, obligé de demander l’asile dans le premier pays que vous avez atteint, parfois retenu dans un centre fermé ou renvoyé dans votre pays d’origine.

En stigmatisant et réprimant les migrants au lieu de les accueillir dignement, les gouvernements européens font monter en Europe des réactions de rejet, de racisme. La France est un des pays qui a accueilli le moins de réfugiés cette année et la récente loi asile et immigration a aggravé la situation de ceux qui veulent régulariser leur séjour en France. Elle maintient ainsi des personnes dans une situation de non droit : pas le droit de travailler en particulier, donc de subvenir soi- même à ses besoins.

Les Etats de l’Union Européenne ont des responsabilités directes ou indirectes dans un certain nombre de conflits et dans la situation dramatique dans de nombreux pays liée à des régimes autoritaires et corrompus. Ils les soutiennent, leur vendent des armes, sont complices du pillage de leurs ressources naturelles, ne tiennent pas leurs engagements en matière d’aide publique au développement. Ces situations provoquent une partie des mouvements migratoires, mais il est impossible d’attendre que tous ces problèmes soient résolus pour accueillir les candidats à l’immigration.

Depuis toujours les hommes ont circulé d’un pays à l’autre, y compris en Europe. La majorité d’entre eux ne le font pas pour des raisons de guerre ou de misère. C’est un droit, une liberté inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
L’Europe reçoit 10% de ceux qui fuient les conflits et les persécutions, les autres sont accueillis dans les pays du Sud. Les pays européens ne sont pas menacés par une invasion de migrants. Ils ont les moyens, ensemble, d’accueillir les réfugiés et les migrants qui représentent seulement 0, 2% de leur population.

C’est aussi leur intérêt s’ils veulent commencer à recréer, avec tous les pays de l’espace méditerranéen et plus largement, les conditions d’une pacification et d’une sécurité collective.
Si chacun peut entrer, s’installer, travailler librement , il n’y aura plus de filières de passeurs criminels ni de cimetière en méditerranée. Pas de dépense pour Frontex, pour les rapatriements forcés ni pour des centres de rétention.

A Rennes, les luttes des associations depuis des années pour un accueil digne des migrants ont montré que nous sommes nombreux à soutenir les valeurs de solidarité et d’hospitalité. Les réquisitions de logements vides, à la Poterie et ailleurs, permettent de mettre à l’abri de nombreuses personnes. Soutenues par de plus en plus d’organisations, les manifestations et les occupations de lieux publics, parfois amis, comme ces jours-ci au CRIJ au TNB et à la maison de l’environnement, ont permis d’obtenir des engagements de plus en plus clairs de la mairie qui assure actuellement des hébergements et des mises à l’abri que l’État, dont c’est le rôle, n’assure pas. Ils ont obligé la préfecture à entrouvrir ses portes pour prendre en compte quelques cas individuels, et le conseil général à maintenir les subventions de l’ASE pour les enfants. Cela ne suffit pas :

Réclamons l’ouverture d’un centre d’hébergement pour tous, sans condition, ouvert jour et nuit 365 jours par an.

Ensemble ! 35, marche pour la paix, 22 septembre 2018